Cowards c’est la vision de Paris, ou « d’un » Paris, au choix. Un regard, que je ne connais que trop bien, y étant né et y vivant toujours. C’est peut-être quelque chose qui peut échapper, ou pas, à certaines paires de yeux non habituées aux rues labyrinthiques de certains quartiers et autres espaces d’ombres qu’un œil non attentif ne discerne pas ou à peine. Laissez tomber Amélie Poulain, espoirs d’une dégustation chez Cyril Lignac et beauté d’un troquet à poster sur Instagram, Cowards est une réalité morbide, sans lendemain et aussi froide que les eaux du canal St-Martin à l’aurore. Ça sent le vécu ? Moui… De la misère camouflée et répudiée dans les quartiers touristiques aux déchets humains croisés durant le trajet boulot.

Camés, sans-abris, bipolaires agressifs, écervelés attirés par les paillettes et la coke sniffée dans le métro du dimanche, esclavagistes de Chateau-d’Eau, immigrés livrés à eux-mêmes à Stalingrad entre survivance et trafics minables. Racisme de comptoir, inceste de balcon, rats opportunistes et suicides précaires. Comme l’envers d’un miroir trop poli qu’on se refuse d’admettre d’un simple regard détourné. Il est beaucoup question de vision quand j’y pense. Le regard sur les autres, sur soi, celui porté sur le miroir, un enfer, une réalité. Et en à peine une vingtaine de minutes, les Parisiens nous confrontent avec cette sensation faite de rage, de violence accrue et percute-gueule comme un monologue outrancier à la face de l’humanité, celle de Paris. Mais en plus de ça, le combo sait jouer des attentes, des instants de calme relatif aux irruptions les plus viscérales de brutalité, se rapprochant du black metal le plus tranchant. Cowards est un couteau sur la gorge, un accès de folie soudain dans un horizon morose. De larsens déchirants, de devantures fermées, de poubelles renversées et de rues sans vies, ce sont sur ces passages rehaussés par cette section basse/batterie, impeccable, rappelant au passage les meilleures parties de Visqueen et Scattered, Smothered & Covered des New-yorkais de Unsane, que le groupe creuse son sillon à même la peau. Autre continent, autre ville, autre fatalité. Aussi frontal, hostile que dégénéré.

Suite aux trois premiers instantanés d’un photographe glauque (dont le featuring dérangé de Mathias Jungbluth), Cowards termine cette sortie par deux reprises. De l’intimité retournée et malsaine de « You Belong To Me » (Police), devenant sous la griffe des parisiens l’un des titres les plus toxiques de leur répertoire, au parcours sous drogues de « The Horrorist » dans une montée implacable aussi nauséeuse qu’une montée sous acides, la boucle s’achève, irrévérencieuse. Et c’est le fracas des poubelles qui retentit quand un corps s’étale suite à une chute de plusieurs étages, alors que les livreurs n’arpentent pas encore les rues. Une plainte, un « Ta gueule putain », un chat qui détale, un chien qui aboie. Ne reste qu’un cadavre qui ne fera même pas un direct sur BFM et franchement… On s’en fout et je m’en tape.

N’est-ce pas trop romantique tout ça ?

Cowards – Still