Tout pareil que l’album dont il est le prolongement (les titres ont été enregistrés lors des mêmes sessions), « Still », plus Kickback que jamais avec ses deux reprises ultra-urbaines (ils reprenaient Geto Boys, ici c’est The Horrorist), fonce avec violence dans les gonades de ses supporters hooligans après une énième branlée au Stade des Princes. Différant de son parrain (qu’il n’a jamais reconnu, d’ailleurs, le bâtard) par une philosophie fondamentalement différente (en gros, plutôt que de vouloir refiler le sida à des putes thaï, Cowards préfère pousser son voisin du haut du 16e étage de son HLM de merde), ce qui se traduit aussi par un vice moins prononcé mais une froideur nettement plus… glaçante (oui), « Still », espèce d’EP comme qui dirait à la fraîche, du haut de ses petits vingt minutes, prolonge les éclaboussures de sueur et de sang, vautré dans le stupre des bagarres dans les quartiers riches par de jeunes aristo désœuvrés sans autre avenir que celui de faire le même travail sans passion trop payé du Père, de la drogue sans valeur car achetée avec les rentes ancestrales de ses ancêtres, des filles et des mecs faciles car inexistants, la nausée de l’entre-soi, tous pareils, pas de place pour l’individu, écrasé sous les sous et les semblables, le drame du riche en quelque sorte. « Still » fait encore, c’est devenu un art chez Cowards, de ses défauts un art, autrement dit, par un renversement quasi miraculeux, le faussement sale devient faussement propre : l’invitation du diablement gentil Matthias Jungbluth relève toujours de la menace fourbe, du potentiel d’agression caractérisé, tandis que la production de l’adorable Francis Caste se montre toujours aussi rêche et sèche comme un revers tout en ayant le confort capitonné. Cowards continue donc d’entretenir les semblants, les contraires, pour mieux nous la mettre, et notre nez dedans. Encore !

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