Avec son premier long format, Rise To Infamy, Cowards avait confirmé qu’il était bien ce que les deux EP laissaient déjà entrevoir : la relève dans la cour du Hardcore crasseux et boueux. Hardcore donc, mais aussi du Sludge et des éléments de Black, voilà qui compose l’essence de la musique des Parisiens. Et, en attendant un prochain long format, Cowards nous fait patienter avec un EP cinq titres, Still.

Si l’égorgement illustrant la pochette de Rise To Infamy était une belle démonstration de la noirceur qui se dégage de la musique qu’elle illustre, l’artwork de cet EP n’est pas en reste : saut de l’ange (mains dans les poches, plus classe, avouez-le) suicidaire dans les rues de Paris, bienvenue chez vous. Côté musique, le ton est donné immédiatement : Cowards est toujours là pour faire saigner les oreilles. Still (Paris Most Nothing) démarre sans préambule, agression frontale dès la première seconde, ça bastonne et pas pour rire. Le son est toujours aussi massif et hostile, le chant toujours aussi rugueux et colérique. On retrouve la hargne bien dense qui caractérisait déjà les sorties précédentes, de même que ces larsens bien stridents qui confèrent une jolie couche de crasse supplémentaire. Si ce premier titre part sur les chapeaux de roue, la fureur ne reste pas le pied sur l’accélérateur tout du long : de gros ralentissements de tempo donnent l’occasion à Cowards de dévaster le champ de bataille avec du riff bien épais et bien sale. Un régal.
Les deux titres qui suivent, Let Go et Like Us, sont dans la même veine Hardcore/Sludge tendance fin du monde. Le premier démarre sur un tempo lent, avec un riff froid très typé Black Metal porté par une rythmique déconstruite. La suite du titre dévie sur quelque chose de plus Sludge, avec quelques moments de bravoure bien péchus qui à coup sûr remueront la foule en live. Like Us quant à lui est un morceau purement étouffant, Cowards pousse à son paroxysme le côté asphyxiant de leur musique (ces parties blastées ! argh !).

Après ces trois compos originales, viennent deux reprises : Every Breath You Take de Police et One Night In NYC de The Horrorist. Autant vous dire qu’il a fallu que je réécoute la version originale de la première pour la reconnaître : d’un morceau, certes un peu sombre, mais relativement facile d’écoute, Cowards en a fait un truc qui dégueule de la haine visqueuse à n’en plus finir. La transformation est radicale, mais efficace. Concernant la deuxième reprise, c’est la raison numéro un de mon intérêt pour cet EP. Pour ceux qui ne connaissent pas The Horrorist, il s’agit d’un DJ New-Yorkais faisant dans la Techno froide et sombre. Et son morceau, One Night In New-York City (ici, One Night In Any City), est un vrai bijou : récit d’une soirée de cauchemar pour une jeune américaine provinciale perdue dans la folie des soirées new-yorkaises, le tout sur une Techno bien sèche. Si la reprise de Police était très éloignée de l’originale, ici Cowards garde beaucoup du matériel de base, transposant simplement les sons électroniques vers leur son à eux. Résultat : trois minutes de montée d’angoisse jusqu’au climax final, parfait.

Avec ses cinq titres, Still fait parfaitement son boulot : petit amuse gueule en attendant le nouvel album. Sans s’éloigner de son terrain de jeu, Cowards fait qu’il y a encore matière à péter des bouches dans sa besace. Et on attend le second round avec impatience.

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