La nuit entamée par Rise To Infamy n’est pas terminée. Après avoir passé son temps à se molester et ressasser ses frustrations, Cowards revient, se relève la gueule en vrac, le costume froissé et les phalanges endolories, prêt à faire durer un peu plus longtemps son expérience dans le noir, entrecoupée de quelques lumières froides éclairant les rues et les lieux où se rejoignent les autres comme lui.

C’est bien là l’impression que donne Still, semblant reprendre les choses où elles ont été laissées en 2015. On ne va pas se mentir : un EP de hardcore n’est pas ce qu’il y a de plus bandant sur le papier. Et du haut de ses dix-neuf minutes, cette nouvelle œuvre de Cowards n’échappe pas tout à fait à ce constat, dévoilant de belles choses tout en refermant le rideau aussi sec. C’est que les trois titres composés pour l’occasion sont à mettre parmi les plus convaincants de la formation : que ce soit durant « Still (Paris Most Nothing) », « Let Go » ou « Like Us » (comprenant une intervention au micro de M. Jungbluth, créateur d’ecchymoses en série lors du dernier album de Fange), les Parisiens se révèlent en pleine possession de leurs moyens, délivrant un hardcore brouillant encore plus les cartes qu’autrefois, allant jusqu’à titiller le black metal le plus nerveux et glauque dans ses assauts. Inutile de se cacher derrière une production compacte désormais : pourtant extrêmement lisibles, les ci-présents morceaux mettent la tête dans un étau avec une efficacité désarmante.

Raison pour laquelle Still est frustrant, pris seul. Mais considéré comme un complément de choix, il s’inscrit parfaitement dans une logique interne au groupe, ce dernier n’ayant cessé d’évoluer tout en semblant se rapprocher d’un certain hardcore, moderne, couleur d’encre, aussi chargé d’ambiance que de coups francs en direction de l’estomac : Shooting Blanks And Pills posait les aliments toxiques sur la table ; Hoarder dépeignait le caniveau où ils nous emmenaient ; Rise To Infamy traçait le trottoir où errer hagard et violent ; Still raconte que la nuit permet encore d’y essayer deux-trois choses sales, jusqu’à une reprise de The Horrorist en guise de clou final, où tout le groove morbide dont est capable la formation se déploie. Au-delà d’une réinterprétation de « You Belong To Me » de The Police, méconnaissable mais un peu en-deçà des semonces lancées précédemment, rien à jeter dans ce court-jus aussi embourbé que clairvoyant dans ses folies pratiquées avant le lever du soleil.

Quant à ce que ce disque vous donne envie de faire quand vous l’écoutez alors que vous avez passé une nuit blanche et devez aller au travail au petit matin… Vous avez des yeux et ils ont vu la pochette.

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