Au sortir de leur nouvel ep, Still, on a encore une fois donné la parole aux membres de Cowards afin de discuter de ce nouveau méfait qui comprend trois nouveaux titres ainsi que deux reprises.

Je profite que Guillaume soit là pour parler de ça : un élément notable de l’identité de Cowards, c’est l’importance de la basse, et plus précisément de la structure basse / batterie dans vos morceaux.

Guillaume : C’est vrai. Une référence pour nous dans ce domaine est l’album Visqueen d’Unsane, un album qu’on adore. La place accordée à la basse dans cet album y est pour beaucoup. On travaille beaucoup dans ce sens du coup.

Adrien : Je l’ai déjà dis à plusieurs reprises, on n’a pas du tout la prétention de jouer une musique originale. Mais s’il y a bien un point sur lequel on dénote dans cette scène, c’est l’importance donnée à la basse. Dans la majorité des groupes actuels, la basse a complètement perdu de son importance. A tel point que certains groupes comme Magrudergrind, que j’aime bien par ailleurs, parviennent même à s’en passer.

Guillaume : Pour te dire, je fais même des répétitions avec Cédric (batteur) pour qu’on travaille les morceaux juste tous les deux. C’est vraiment un élément essentiel pour nous.

Adrien : Ca va même plus loin que ça. A mes yeux Cowards EST avant tout un groupe de basse / batterie. On ne va pas parler de Drum n Bass stricto sensu parce que ça n’a rien à voir musicalement parlant mais tu as compris l’idée. C’est-à-dire que même si la plupart des morceaux ont mes riffs de guitare pour origine, j’en ai rien à foutre que mes riffs soient inaudibles si j’ai une section basse / batterie qui tue derrière. Que ce soit avec des riffs débiles bien dissonants ou des larsens, tant que Guillaume et Cédric assurent derrière je sais que le résultat sera bon.

Un nouveau morceau a été composé en studio : Pulled Hair (à venir sur le split avec Stuntman). Sur Rise To Infamy vous aviez déjà composé Anything But The Highroad, et ces deux morceaux ont tous les deux quelque chose de vraiment singulier, ils sortent vraiment du lot. Comme quoi cette recette vous réussi plutôt bien. Comment se passe la composition en studio ?

Guillaume : Autant pour Anything But The Highroad on avait le temps et on avait déjà bouclé le reste de l’album, autant pour Pulled Hair j’étais assez réservé. On était beaucoup plus pris par le temps et le morceau a mis un moment avant de devenir convaincant.

Adrien : En fait c’est moi qui ai un peu forcé le truc : on a fait une année de merde. Très peu de concerts et peu de nouveaux morceaux. Sans ce morceau, on aurait juste sorti un ep avec deux nouvelles compos et deux reprises, et un split avec une autre nouvelle compo. Je trouvais ça trop léger, donc j’avais envie d’un autre nouveau morceau pour le split. Mais jusqu’au dernier moment c’était assez stressant : on avait juste des chutes de riffs qu’on avait jamais réussi à caler, et les autres gars, y compris Francis Caste, étaient sceptiques. Jusqu’au dernier moment. Il m’a fait douter ce con (rires).

Guillaume : Alors que c’était Francis qui avait proposé de composer un autre morceau sur Rise To Infamy vu qu’on avait un peu de temps. Il aime bien ce genre d’imprévus. Mais pour Pulled Hair c’était plus tendu, on avait moins de temps. On a quand même tenté le coup, et au final c’est un de nos morceaux préférés aujourd’hui.

Un autre parti pris artistique assez osé : la reprise de The Horrorist. Vous pensiez toujours la reprendre de cette façon, avec le spoken words et la rythmique disco ?

Guillaume : On ne s’est même pas posé la question en fait, on a juste repris la structure du morceau.

Adrien : Il fallait cette narration, c’est ce qui donne toute la saveur au morceau, ce contraste entre ce discours très froid et cette petite rythmique dansante, entre les paroles bien glauques et la musique débile qui va derrière. Autant pour la reprise de Police on voulait délibérément la bousiller et refaire un classique que tout le monde connait, autant là on voulait rester fidèle autant que possible à la structure du morceau d’origine.

Guillaume : Même si ça n’a rien à voir musicalement, la démarche est la même que pour l’album de reprises de Johnny Cash.

Adrien : Ce mec fait revivre des chansons, il a même donné vie à des morceaux merdiques. Même une chanson de merde comme One de U2 devient géniale grâce à lui. Pourtant c’est la même rythmique, la même mélodie, les mêmes accords… Mais là grâce à Jean Argent c’est bien !

Vous pensez que faire des reprises a une incidence sur votre manière de composer ?

Guillaume : Non pas du tout, c’est plus trivial qu’autre chose.

Adrien : C’est souvent assez rapide à faire, à part pour The Horrorist, on fait toujours la même chose : on ralentit tout et on fout des larsens et un mec qui gueule. Tant que les paroles sont de qualité, c’est tout ce qui compte. On fera probablement Take Me To The Church de Hozier pour ça. Une chanson ultra mainstream qu’on a tous entendu 200 fois à la radio. Sauf qu’un jour j’ai tendu l’oreille et j’ai été choqué tellement les paroles étaient géniales. Donc reprise. Et c’est promis, on finira par faire aussi Hold The Line de Toto !

Un autre élément assez singulier de l’identité de Cowards, c’est le côté complètement décalé et second degré des textes (« Throatruiner tatooed on my cock » ; « Piss sells » etc), plutôt en marge des clichés du genre pour le coup, non?

Adrien : Ca peut sembler très premier degré et adolescent aussi, mais c’est vrai que j’aime bien glisser quelques blagues nulles et anecdotes ici et là, rire des autres, de moi, du reste du monde. Récemment j’ai lu sur un forum un mec qui se disait blasé des groupes qui faisaient l’éloge de la médiocrité, et il citait Cowards comme exemple. Le mec n’a pas compris que c’était tout le contraire en fait, que je me fous de sa gueule et de celle des autres, mais avec beaucoup de fierté et d’arrogance, sans aucune complaisance ni médiocrité.

Il y a bien un texte qui sort complètement de ce schéma pour le coup, c’est celui de Like Us, assez poétique.

Adrien : c’est normal on l’a piqué à Francis (sourire). Il a un groupe de Pop qui s’appelle Belvil, et il m’avait envoyé ce texte pour que je le corrige. Et il se trouve que j’ai tellement aimé ce texte que je lui ai volé. Je n’ai aucune idée de ce qu’il avait en tête quand il l’a écrit, et je m’en fous en fait. J’aime ce texte et j’y vois ce que j’ai envie d’y voir.

Comme pour Old City qui reprenait les mots de Lovecraft, et Anything But The Highroad qui a été écrit par Julien (chant), tu peux très bien t’identifier aux mots d’un autre en fait.

Adrien : J’ai aucun problème avec ça ouais, si je trouve un texte bon et que je m’y retrouve, même s’il n’est pas de moi j’ai envie de le reprendre. Comme pour la reprise de Police : à la base c’est une chanson écrite par Sting pour son fils. Moi j’y vois un putain de texte malsain écrit par un stalker. Encore une fois ce que l’auteur d’un texte avait en tête en l’écrivant ne m’intéresse pas, tant que le texte est bon et que je peux l’utiliser pour un morceau sans avoir l’impression de mentir.

C’est pareil pour les samples de film du coup.

Adrien : C’est ça, sauf qu’on a quelques limitations en la matière. J’adore un film japonais qui s’appelle Le Sabre Du Mal. Et il y a des dialogues que je trouve géniaux dans ce film. Sauf qu’on ne pourra jamais sampler un film japonais.

Parce que Kickback l’a déjà fait ! (rires)

Adrien : Bah voila ! Du coup on a samplé un film avec Bill Murray (sur Beyond My Hands) et un film de cul (sur Anything But The Highroad), parce qu’on est vraiment très cons.

Guillaume : Dans le même genre j’adore les films de Tarkovski, mais Leviathan a déjà samplé des films russes donc c’est mort aussi…

Ca ne vous déçoit pas que beaucoup de gens passent à côté de tout ça et ne retiennent que le côté « bas du front » ?

Guillaume : Non, parce qu’on le fait avant tout pour nous.

Adrien : « This is for us, this is not for you » (sourire)

http://www.metalorgie.com/interviews/1407_Cowards_par-mail-2016