C’est à l’occasion du Hellfest que j’ai eu l’opportunité d’interviewer les parisiens de COWARDS. Premier jour de festival aidant, c’est encore frais et énergique que j’ai assisté, quelques heures avant l’interview, à l’ouverture de la Warzone par la formation parisienne. Une tâche pas forcément évidente et pourtant le groupe à envoyé une belle mandale sonore à tous ceux présent devant la scène en délivrant un set puissant et intègre.

C’est plus tard dans l’après-midi et autour d’une bière que j’ai eu la chance de retrouver Julien Henri (chant) et Cédric Laban (batterie) accompagné de Matthias Jungbluth, gérant du label Throatruiner Records sur lequel est signé COWARDS afin de discuter de leur prestation et de revenir sur « Rise To Infamy », leur dernier album en date.

Tout d’abord, félicitations pour l’ouverture de la Warzone ce matin, j’y étais et j’ai adoré! Et merci de m’accorder un peu de votre temps pour répondre à quelques questions!

Julien : Je t’en prie !

Pour commencer, est ce que vous pouvez me présenter brièvement le groupe, quand et comment il s’est formé ?

Julien : Le groupe existe depuis 2013, à la base c’était plutôt un projet studio. On a commencé à jouer ensemble sans se connaître. C’est le guitariste, Adrien, qui a rassemblé cinq personnes ensemble, cinq potes à lui et on s’est retrouvé pour la première fois en studio où on a compacté un premier album tous ensemble, au début juste pour faire de la musique sans faire de live et puis au final le truc a fonctionné et on s’est mis à faire des concert et puis a faire d’autres disques !

Le line-up se compose de Cédric le batteur, qui a un passif dans des groupes de death et de thrash, Adrien le guitariste, qui a joué dans Hangman’s Chair et dans différents groupes un peu plus stoner, Guillaume le bassiste à jouer dans Eibon, Thibaut qui est guitariste dans Dacast… On va peut être pas tout détailler pour tous mais bref, on avait tous un background musical, on se connaissait pas forcément mais on était tous conscient des groupes de chacun et des possibilités des musiciens qui interagissaient dans ce projet.

C’est votre premier Hellfest et vous avez la responsabilité d’ouvrir la Warzone. Comment avez vous vécu cette expérience ?

Cédric : C’était cool, franchement ça s’est bien passé, en tout cas sur scène ! J’avais l’impression qu’au départ j’allais me sentir moins bien que ça. On s’attendait à moins bien.

Julien : Beaucoup de stress en toute honnêteté ! C’est une sorte d’accomplissement parce que quand tu es un groupe français, jouer au Hellfest, c’est un genre de consécration il faut être honnête ! On a l’impression que ça a fonctionné même si après, il y a toujours le fait de jouer en premier : il n’y a pas forcément beaucoup de gens, mais ce matin, il y avait du répondant. Et les mecs de la technique ont assurés. Au final, c’est donc plutôt une expérience positive !

Vous aviez fait un mini tour de chauffe avant le Hellfest avec Pilori, groupe de Grind / Crust de Rouen. Ça vous as permis d’être à bloc ce matin ?

Julien : Ça a facilité un peu les choses mais en fait, c’est une tournée qu’on a fait sans batteur, on a dû prendre un batteur de session car Cédric avait des obligations avec un autre groupe. Oui, ça a facilité un peu les choses mais c’est des contextes de live assez différents. On a fait une petite tournée, ça a consolider un peu mais c’est pas ça qui a fait que le concert d’aujourd’hui à fonctionné. Ça va faire trois ou quatre ans maintenant qu’on joue ensemble dans COWARDS. Tu développes une habitude de jouer ensemble qui fait que normalement ça fonctionne bien. Il y a toujours des flottements, des trucs qui vont, d’autres qui vont pas mais en général ça reste cohérent.

Cédric : Oui, et puis on aime jouer ensemble.

Le groupe a plusieurs influences, au final, on aurait quasiment pu vous croiser sous la Temple ou sous la Valley. Selon vous, c’est la touche hardcore qui vous as valu d’être programmé sur la Warzone ?

Julien : Alors ça c’est un sujet hyper délicat, on a tous un passif de mecs qui écoutent du metal mais on en écoutent quasiment plus actuellement et finalement, on a du mal à jauger où on peut se placer car on est aussi bien « hardcore » que « metal » que « stoner » que « post tout ce que tu veux ». Du coup tu nous mets là où on nous accepte, tout simplement.

En février 2015 est sorti votre deuxième album « Rise To Infamy » plutôt bien accueilli. Plus d’un an après sa sortie et avec le recul, est ce un enregistrement dont vous êtes toujours satisfait ?

Julien : On est totalement satisfait même aujourd’hui ! C’est un disque qui nous as coûté de l’argent, de l’investissement, on l’a enregistré en cinq semaines ! C’est énorme pour un groupe comme nous avec la musique qu’on fait.

Cédric : Même dans la méthode de compo en fait ! On a changé la méthode de composition pour avoir un bloc basse batterie plus cohérent, avec les guitares aussi. Pour « Rise To Infamy » c’est ce qui s’est passé sur chaque opus : on a a chaque fois eu une manière différente de composer mais toujours avec une certaine urgence : on se pose la date d’enregistrement et après on travaille pour avoir un enregistrement qui soit le plus abouti possible. Pour cet album, on avait un enregistrement de cinq semaines, donc on s’était préparés aussi pour ça. On ne voulait pas mettre notre argent en l’air donc on se prépare. Selon l’échéance on a une préparation et une méthode de compo qui changent et sur celui là, on était bien dedans !

Julien : Dans celui là, on a mis toute notre énergie, on est passé un peu en mode « carte de visite : voilà ce qu’on peut faire de mieux ». Aujourd’hui on en est toujours satisfait. Pour moi, et je pense pour les gars du groupe et aussi pour Matthias qui fait partie du du label, c’est un disque qui n’a pas vieilli en un an, qui peut même laisser une certaine marque par rapport à ce genre de musique. Même si, en toute honnêteté, par rapport à la musique qu’on fait, dans cinq ans les mecs ils oublieront complètement le groupe ! Mais c’est un disque dont on n’est pas honteux, on sait que c’est un disque qui est ultra abouti, que ça soit au niveau des instrus, des paroles. On ne pouvait pas faire mieux que ça au moment T. On en est fier, clairement.

J’ai beaucoup apprécié l’artwork de « Rise To Infamy », très ambivalent, entre violence et apaisement. Une mise en image qui vous as parfois valu d’être taxé de misogynes a priori, ce que j’ai un peu de mal à comprendre mais bon… Est ce que tu peux m’en dire un peu plus sur cet artwork ?

Julien : Il y a un double discours qu’on essaye toujours d’avoir. On ne se considère pas comme un groupe de metal mais juste comme un groupe, point barre. Avec cette ambivalence, on a pu être confondu avec des machos… C’est pas un truc qu’on cultive, on laisse les gens faire leurs petites histoires et « penser que ». Au final, on est plutôt des gens normaux et simples, avec chacun nos copines, nos vies, on est tous plus ou moins proche de la quarantaine, on n’essaye pas de provoquer mais plutôt d’avoir un discours un peu sournois. Fais toi ton idée, nous on s’en bat les couilles, après si certaines personnes ont l’impression qu’on est des misogynes ou des violeurs, on s’en fout et on va même pas s’en défendre !

C’est un artwork fait par Camille Blanchemain c’est bien ça ?

Julien : Oui c’est ça, un mec de Caen qui joue dans Burning Bright. On n’avait pas vraiment d’idées, c’est lui qui est venu avec cette image en nous disant que ça nous correspondait… et on a dit oui, tout simplement !

Cédric : Il y a aussi un coté sexuel et violent sur cet artwork. Mais sur cette image, on ne sait pas si c’est forcé ou consenti. Ça va pas mal avec notre musique… même dans l’enregistrement, on ne sait pas si c’est forcé ou consenti. Il y a des choses qu’on force à consentir (rires) !

Vous avez accompagné la sortie de l’album par un clip pour le titre « Bend The Knee » : ambiance assez crade et épileptique, avec effets des brûlures de film, des jeux de lumières entrecoupés de séquences lives… Vous pouvez m’en dire plus ?

Julien : En toute honnêteté, on n’est pas un groupe qui arrive à avoir des projets de clip car on n’aime pas forcément ça au départ. C’est un polonais qui nous as proposé de faire un clip gratuit. On lui as dit grosso modo « nous, on a besoin d’un clip pour vendre un disque » car un clip, ça reste une étape un peu primordiale. Grosso modo le mec a fait exactement ce qu’il voulait et nous on a dit « Ouais c’est pas mal ». Ça fonctionne. Il y aucune originalité, tu aurais pu coller ce clip sur n’importe quel autre groupe qui fait la même musique que nous ça aurait était pareil. Pour nous c’est vraiment pas impactant et c’est pas représentatif, c’est juste que c’est une illustration d’un mec qui a un point de vue sur notre musique.

Cédric : Mais c’est intéressant, c’est cool qu’il y ait des gens qui proposent des choses. Même si au départ, son premier clip, quand il l’a envoyé ça n’avait rien à voir avec ce qu’on lui avait envoyé comme directions.

Julien : Dès lors où c’est gratuit tu ne peux pas avoir une « direction artistique ». Quand c’est zéro et que tu as besoin d’un clip, c’est un boulevard où tu dis « fais ce que tu veux ». Tu peux rechigner sur des détails qui te paraissent vraiment gênant si il y en a mais voilà.

Matthias est présent, donc il va pas falloir dire de conneries, mais comment se passe la relation avec Throatruiner ?

Julien : Écoute, c’est hyper positif ! Matthias, c’est un peu le premier qui as cru en nous, bon « croire en nous » entre guillemets, car s’il n’avait pas était là on aurait fait la même chose. Sans support, peut être qu’on aurait trouvé quelqu’un d’autre mais lui il est là, je pense qu’il aime notre musique et qu’il a envie de la défendre. C’est une relation qui nous as permis d’être un peu tiré vers le haut et ça fait plaisir d’avoir un sixième membre, un peu fantôme qui soutient le groupe. Matthias c’est quelqu’un qui développe une véritable démarche au travers de son label.

Cédric : Son label est plein de signatures intéressantes, c’est sympa de se retrouver avec des groupes qu’on a connu ou qu’on connaît depuis hyper longtemps. Genre Plebeian Grandstand, j’étais dans les premiers à kiffer ça. Comity, c’est des potes depuis tout le temps, on a tourné sur le même label tu vois ! Ça fait une sorte de famille ! Un metal différent, une approche différente de la musique et tout ça en indépendant… c’est une approche qui apporte forcément autre chose que les grosses industries !

Julien : Tu peux parler un peu Matthias si tu veux ! (Rires)

Matthias : J’attends que ça soit mon tour !
(Rires général)

Matthias, Cédric parlait à l’instant de « famille » pour désigner les différentes signatures de ton label. Je trouve que c’est assez représentatif de tout le travail que tu effectues avec Throatruiner. Il y a l’expression « la crème de la crème », je désignerais bien l’écurie Throatruiner par l’expression « le fiel du fiel » !

Matthias : En même temps, j’ai toujours pris le parti de prendre des groupes qui faisait la musique que j’avais envie d’entendre, du coup c’est des groupes qui vont plus facilement se lier les uns avec les autres car ils ont aussi des objectifs communs, c’est aussi pour ça qu’on retrouve des similitudes que ça soit au niveau musical qu’esthétique.

Pour le moment, tu as majoritairement des groupes français sur ton label, je pense aux Rennais de Fange, aux Toulousains de Plebeian Grandstand ou encore aux lillois de Love Sex Machine. Est ce qu’il y a des groupes que tu aimerais signer en ce moment ?

Matthias : J’évolue pas mal au grès des propositions que j’ai, je démarche un peu des groupes mais souvent, ceux qui m’intéressent sont déjà signés sur des labels plus gros.
Au final, je reste un mec qui bosse tout seul dans son salon et qui bosse en chaussons, je ne suis pas une grosse structure du tout donc les groupes qui m’intéressent je peux pas forcément leur proposer quelque chose de plus que ce qu’ils ont actuellement. Je suis déjà super fier de travailler avec les groupes que j’ai actuellement et de réussir à les développer au fil des skeuds. Ça se passe bien des deux cotés car la plupart du temps ils restent ! (Rires).

Ça va bientôt faire 7 ans que tu as fondé Throatruiner, pour les 5 ans du label, il me semble que tu avais organisé un Throatruiner Fest : trois concerts sur trois soirs de suite dans trois villes différentes (Paris , Strasbourg et Genève) le tout regroupant tout les groupes du label. C’est quelque chose qu’on aura l’occasion de revoir ?

Matthias : Oui c’était l’année dernière ! C’est quelque chose que j’essaierais de refaire mais pas forcément dans l’immédiat car ça m’a pris beaucoup de temps au détriment de mont travail de label et du coup ça a pas mal impacté mon activité sur le reste de l’année. Mais j’essaierais de refaire ça mais différemment. Tout les groupes du label ont souvent joués les uns les autres ensemble, là c’était l’occasion de les rassembler tous ensemble, c’est quelque chose qui ne c’était jamais produit, c’était cool et j’aimerais bien refaire ça !

Pour revenir à COWARDS, est ce qu’il y a des influences non musicales à votre musique ?

Julien : Pas du tout ! Franchement, on fait une musique de « bêta », le truc qui nous a rassemblé c’était la volonté de faire un groupe à la façon de Kickback sur « No Surrender » ! Du coup, il n’y a rien de politique, rien de cinématographique… les paroles sont ce qu’elles sont, on essaye de les faire un peu intelligentes mais il n’y a pas vraiment de « background », on essaye de faire des trucs bête et méchant, un peu brut de décoffrage mais c’est tout.

En préparant l’interview et en traînant sur les articles parlant de votre musique, il revient souvent que cette dernière est résolument « urbaine », avec des expressions comme « rats des villes ». Julien, tu avais dit dans une interview que le quotidien était suffisant comme inspiration et qu’il y avait pas besoin d’aller chercher plus loin.

Matthias : A la base avant que je vous signe tu m’avais vendu la musique du groupe comme du « sludge de caniveau » et ça collait très bien !

Julien : Oui c’est ça ! Moi je viens de province mais au final on vit tous à Paris, on ne peux pas illustrer notre musique autrement que comment on vit. On adore tous le black metal mais on peut pas faire du black metal forestier, ce serait complètement gogol en habitant à Paris ! Ça s’est imposé tout seul d’avoir une musique urbaine, un peu « caniveau ». Après ça peut paraître très « on se la raconte » mais on ne peut pas dépeindre notre musique autrement que comme ça. Donc ça c’est imposé tout seul de faire de la musique « urbaine » mais on ne peut pas dépeindre, il nous faut quand même un background, tu ne peux pas raconter n’importe quoi, ça doit s’ancrer dans une certaine réalité…et la réalité c’est qu’on habite tous à Paris, qu’on répète à Paris, donc oui urbain, rats des villes tout ça…

Le chant en anglais c’est toujours une évidence pour toi ?

Julien : Non, d’ailleurs je chante en français dans Death Mercedes. L’anglais n’est pas toujours une nécessité mais dans Cowards, un chant autre qu’en anglais ça serait bizarre, la musique s’y prêterait pas vraiment : manque de mélodies, très frontale… pour moi l’anglais ça s’impose tout seul. Il y a même pas à se poser de questions.

A la sortie de « Rise To Infamy » vous avez eu des reviews de medias étrangers, notamment allemand et anglais. Vous aimeriez jouer ailleurs qu’en France et en Europe ?

Julien : On a joué un peu partout en Europe mais pas trop dans les pays de l’Est, le plus loin qu’on ai fait c’est la Pologne. On a joué à Cuba aussi. Les seuls pays qu’on n’a pas fait c’est toute la partie sud de l’Europe, les Etats Unis et le Canada. Nous on est prêt à accepter n’importe quel date, n’importe où ! On a tous des boulots qui nous permettent d’être flexible donc on écarte aucune possibilités du moment que les conditions sont acceptables.

Dernière question, je ne sais pas si vous restez tout le week-end, mais y a t’il des groupes que vous aimeriez voir particulièrement sur cette affiche 2016 du Hellfest ?

Julien : King Dude dimanche, car moi j’écoute pas vraiment de metal ! Je l’ai déjà vu une fois à Moscou et j’avais trouvé ça nul et pourtant j’aime bien sa musique. Donc si je suis là dimanche j’irais me refaire un avis.

Matthias : Je t’avouerais que je suis un peu venu en touriste. Enfin il y a pleins de groupe que je vais aller voir ce week-end : Converge ce soir, Hangman’s Chair demain, Vision Of Disorder mais je crois que c’est maintenant (Rires). Sinon, sans faire le blasé, tout les groupes que j’ai envie de voir, je les ai déjà vus plusieurs fois, j’irais les revoir en touriste mais j’ai pas une « grosse attente ».

Cédric : Converge ce soir ! On a le pass artiste donc on peut les voir du côté de scène c’est impressionnant.

Merci à vous trois !

http://www.elsantuariodelrock.com/hellfest-open-air/2016/hellfest-2016-resena-dia-1/